Epiphanies : naissance d’une jeune et nouvelle voix

Sergueï Rachmaninov (1873-1943) l’île des morts (1909) transcription de Louis Robillard, Franz Liszt (1811-1886) légende de Saint-François-de-Paule marchant sur les flots (1863), légende de Saint-François-d’Assise : la prédication aux oiseaux (1863) , Michaël Radulescu (né en 1943) epiphaniai (1989). Lydia Sourial à l’orgue Daniel Kern de l’église Saint-Pothin de Lyon. 1 CD Hortus 537. code barre 3487720005374. Enregistré les 15 et 16 janvier en l’église Saint-Pothin de Lyon, livret bilingue français/anglais. Durée totale 63’18’’.

 

Hortus

Il est toujours heureux de saluer le premier disque d’une jeune artiste, surtout lorsque il est de qualité. Cet enregistrement propose ici un programme tout à fait original regroupant diverses œuvres d’esthétiques romantique, symphonique et contemporaine. Franz Liszt, bien connu pour son amour de l’orgue qu’il disait être le « pape des instruments », au travers d’une œuvre importante, est représenté ici au travers de deux transcriptions des années de pèlerinage pour le piano : deux légendes symphoniques que l’orgue de Lyon restitue dans toute leur plénitude. Il est vrai que Liszt jouait déjà ces pièces sur un instrument hybride, mi-piano mi-harmonium. Cette interprétation sur grand orgue est une première. Il s’agit là d’un discours déjà impressionniste, et qui va se retrouver dans l’île des morts de Rachmaninov. Louis Robillard, grand maître de l’orgue lyonnais, en a réalisé une transcription à partir de la version orchestrale, et l’a lui aussi gravé voici quelques années. Inspirée d’un tableau d’Arnold Böcklin, peintre symboliste allemand du XIXe siècle, cette œuvre mystérieuse remplie de chromatismes semble avoir été conçue pour l’instrument à tuyaux, tant ses climats de désolations et d’angoisses nous touchent au plus haut point. Pour terminer, ce récital, epiphaniai de Michaël Radulescu, compositeur roumain, puise son inspiration dans l’apocalypse de Jean. Œuvre complexe mêlant divers rythmes, couleurs, et harmonies inspirés d’Olivier Messiaen. Conçue à l’origine pour orgue et orchestre, l’auteur entend évoquer la relativité du temps, comme un principe de création, omniprésent dans la nature.

Lydia Sourial, jeune organiste, a obtenu ses prix auprès de Louis Robillard, et Michaël Radulescu. Elle leur rend hommage ici par une approche maîtrisée, profonde et apaisante de leurs œuvres. Point de virtuosité gratuite, facile à mettre en avant dans de tels textes, mais un sens aigu du climat, et une large respiration. Nous ne serons pas étonnés d’apprendre que Lydia Sourial est diplômée en ostéopathie, et auteur d’un mémoire qui traite justement de respiration chez les musiciens, de développement des sensations pour établir un rapport conscient au son.

A l’écoute de ce disque, on comprend tout ce que l’orgue peut apporter dans l’équilibre intérieur, révélé par des auteurs géniaux et transcendé par une interprète de tout premier plan, et porté par une prise de son en phase avec la musique.